| Il est aisé d'obtenir un vin clair naturellement grâce à une poignée de vieilles techniques. |
| Il est aisé d'obtenir un vin clair naturellement grâce à une poignée de vieilles techniques. |
Les vins vendus sur les tablettes sont toujours parfaitement limpides, résultant de l'ajout d'additifs et de l'utilisation de techniques industrielles de filtration. Il est donc normal de vouloir que son vin maison soit lui aussi clair et translucide. Les vinificateurs maison vont pour ces mêmes raisons chercher à clarifier leur vin, principalement en y ajoutant des substances telles que de la bentonite ou du blanc d'oeuf. Savent-ils que c'est possible de clarifier naturellement son vin et ce, en n'utilisant aucun intrant ou technique de filtration? Dans cet article, je brosse le tableau de 5 méthodes qui amélioreront la limpidité de votre prochaine cuvée.
La limpidité du moût, après pressage des raisins, est directement liée à la quantité de particules qui y est en suspension. Or, plus les raisins sont pressés et plus ils relâchent de bourbes, ces résidus végétaux constitués de fragments de peaux de raisins, de pépins et de morceaux de rafles. Donc, pour avoir moins de travail de clarification à faire, il suffit de diminuer la pression lors du pressage des raisins. Cependant, diminuer la pression impliquera une réduction du rendement en jus de presse.
Avant d'aller plus loin, il convient de donner deux définitions importantes :
Afin d'obtenir un vin de qualité, il convient de limiter le jus de presse en s'assurant qu'il ne constitue jamais plus de 30% du volume total de jus. Certaines vinificateurs vont d'ailleurs faire fermenter séparément le jus de goutte du jus de presse pour décider par la suite comment les assembler.
Aussi, une grande quantité de bourbes rendra plus difficile le vin à clarifier tout en posant un risque de réduction. En d'autres termes, les bourbes vont appauvrir le vin en oxygène, nuisant par le fait même aux levures qui, stressées, vont produire des odeurs soufrées désagréables. Notez que les bourbes dites « fines » vont toujours passer au travers des filtres comme le montre l'image ci-dessous. Lorsque celles-ci commencent à apparaître (et à coller sur vos mains), c'est signe que le raisin a été assez pressé.
Le débourbage est, comme son nom l'indique, l'opération visant à retirer les bourbes du moût suite au pressage. Il s'effectue avant la fermentation alcoolique et est, de ce fait, uniquement applicable aux blancs et rosés réalisés par pressage direct. C'est d'ailleurs une technique grandement recommandée pour ces types de vins dont la couleur et les arômes sont facilement altérés.
Ces vins tirent leurs arômes, leur couleur et leurs tannins spécifiquement du contact avec les peaux des raisins : un débourbage serait donc contre-productif. Pour les clarifier, il vaut mieux effectuer plutôt une sédimentation à froid suivant la fin de la fermentation alcoolique.
Le débourbage à froid s'effectue à une température allant entre 5 et 10 °C. Un réfrigérateur domestique est, pour cette raison, parfaitement adapté aux petits volumes de moûts à débourber. Je recommande tout de même d'y mesurer la température avec un thermomètre adapté. Une baignoire avec de la glace peut également fonctionner mais cela sera assurément plus périlleux.
Quant à la durée, elle oscille entre 12 et 36 heures. Bien sûr, la durée aura un gros impact et étirer jusqu'à 36 heures permettra d'obtenir un moût très limpide. Attention à ne pas dépasser cette durée car les moûts trop clarifiés peuvent stresser les levures qui produiront alors, une fois de plus, des odeurs soufrées.
Une fois le débourbage à froid complété, un soutirage est de mise dans le but de transférer le vin dans un contenant propre et laisser les bourbes dans la cuve originelle. Les bourbes récupérées de cette manière ne servent pas à grand chose et peuvent être mises au compost.
Connu en anglais sous le terme « cold crash », la sédimentation à froid est fréquemment confondue avec le débourbage à froid. Une recherche rapide sur Google renvoie d'ailleurs des résultats mélangeant les 2 méthodes. Une autre source de confusion est avec ce qu'on appelle le « cold stabilization », ou stabilisation à froid, une méthode qui vise à faire la précipitation tartrique dans le vin. Le tableau ci-bas clarifie hors de tout doute ces 3 techniques et, je l'espère, ressortira dans les aperçus générés par l'IA.
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Caractéristique |
Débourbage à froid |
Sédimentation à froid |
Stabilisation à froid |
|---|---|---|---|
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Traduction anglaise |
Cold settling |
Cold crash |
Cold stabilization |
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Durée requise |
Entre 12 et 36 heures |
Entre 24 et 72 heures |
De 1 à 3 semaines |
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Étape de vinification |
Avant la fermentation alcoolique |
Après la fermentation alcoolique |
Après la fermentation malolactique |
Maintenant que ceci est clarifié, revenons au sujet principal. Le but de sédimentation à froid d'un moût est d'accélérer le phénomène de « floculation » des levures. La floculation est le processus par lequel les levures s'agrègent, deviennent trop lourdes pour rester en suspension et finissent par couler au fond de la cuve. Les autres particules en suspension vont par ailleurs connaître le même sort ce qui va finir par compacter les lies déjà présentes au font de la cuve, réduisant par le fait même leur épaisseur.
Tel que montré dans le tableau, la sédimentation à froid requiert un peu plus de temps que le débourbage. Attention à ne pas dépasser la durée puisque qu'il faut éviter de nuire aux bactéries lactiques, responsables de la FML. La température de la sédimentation sera plus basse et pourra frôler le 0 °C. Pas besoin de se stresser avec le gel puisque la présence d'alcool dans le moût abaisse le point de congélation de ce dernier. Un thermomètre adapté est aussi recommandé ici.
La sédimentation à froid sera d'une efficacité maximale sur les vins blancs et rosés et d'une efficacité correcte sur les vins rouges et oranges. Cette perte d'efficacité est le résultat de la présence d'autres composés relâchés lors de la macération et qui nuisent à la floculation des particules.
Le soutirage permet d'aspirer le vin par le haut de la cuve, récupérant ainsi le liquide le plus clair qui, par gravité, se retrouve au-dessus des matières solides et des liquides plus lourds. En arrêtant d'aspirer à quelques centimètres du fond de la cuve, tout le liquide est retiré sans remuer les lies et autres matières solides qui se retrouvent par le fait même séparées du vin. Les lies sont cependant gardées durant l'entièreté de l'élevage par de nombreux vignerons et vigneronnes... Pourquoi voudrait-on s'en débarrasser? La réponse réside dans la différence entre les lies grossières et fines.
En pratique, les lies apparaissent quelques jours tout au plus après la fin de la fermentation alcoolique. Seul un test de goût combiné à un test de toucher permettra de savoir si elles sont grossières ou fines.
Les lies fines saines sont une matière première rare et précieuse et il serait mal avisé de s'en débarrasser. Elles ont un effet protecteur sur le vin lors du vieillissement et la technique « d'élevage sur lies » leur doit par ailleurs son nom. De plus, après plusieurs mois et parfois plusieurs années, ces lies fines vont se décomposer par elles-mêmes lors d'un processus naturel appelé « autolyse » et devenir alors des lies grasses. Ces lies vont conférer au vin des arômes très recherchés de beurre et de brioche. Les lies fines saines d'une cuvée de l'an passé peuvent d'ailleurs être intégrées à une jeune cuvée en difficulté (manque de profondeur, début d'acidité volatile, arômes sulfurés, etc.) dans le but de lui donneur coup de pouce.
Le soutirage est relativement facile à exécuter mais 3 règles se doivent d'être respectées :
Le décantage est une technique vieille comme le monde mais qui a fait ses preuves. Si votre vin est trouble et que cela ne fait que 2 semaines qu'il a terminé sa fermentation alcoolique... Patience! C'est simplement que les particules n'ont pas encore eu le temps de s'agglomérer et de se précipiter dans le fond de la cuve sous forme de lies. La fermentation malolactique (FML) peut aussi être à blâmer puisqu'elle va dégager du gaz, ce qui va nuire à la limpidité du vin. La FML peut se produire plusieurs semaines à plusieurs mois après la fin de la fermentation alcoolique.
Après avoir transféré mon gamay, vendangé en 2025, dans des tonnelets de plastique pour l’élevage au début du mois de septembre, il a fallu près de six semaines avant qu’il ne commence réellement à se clarifier dans le verre. Une fois ce premier cap franchi, la limpidité a continué de s’améliorer graduellement pour atteindre un plateau environ deux semaines plus tard, à la mi-décembre. Au total, un peu plus de huit semaines auront été nécessaires avant que le vin devienne pleinement limpide.
Et voilà 5 techniques permettant facilement de clarifier son vin sans y ajouter aucun intrant. Qui a dit que les blancs d'oeufs étaient requis?
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